Cadeau de noël dans l'affaire EADS ?

Publié le par OVEP

cartoon -l'A380 à Roissy
Au début, le programme A380 d'Airbus constituait l'un des aspects les plus prometteurs de la construction européenne au niveau industriel. Le projet est colossal, les investisseurs emballés. Autant dire que l'A380 s'apparentait plus à un défi technique majeur qu'à une affaire financière à proprement parler. Or, depuis 2006, il en est tout autre. En outre, l'affaire EADS ne cessera de défrayer la chronique et cela fut le cas jusqu'à la semaine dernière. En effet, la commission des sanctions de l'Autorité des marchés financiers a mis "hors de cause" les dix-sept protagonistes et les sociétés Daimler, Largadère et EADS, tous suspectés de délits d'initiés.

L'affaire remonte à 2006 où un mois avant l'annonce de retard dans les livraisons du fleuron d'airbus, une quantité importante de titres EADS sont vendus à la bourse de Paris. Il s'agissait pour les gendarmes de la bourse d'établir si oui ou non, les différents appelés avaient en leur possession, dans le cadre de leurs fonctions des informations privilégiées sur les perspectives en l'espèce l'évolution du titre EADS à la bourse de Paris (art.L.465-1 Code monétaire et financier).

Autrement dit, on peut poser le problème sous différents angles:

En effet, la première question serait de savoir si les cadres d'Airbus, d'EADS, les administrateurs avaient connaissance des retards.
A première vue, cela paraît évident que oui, tout bon dirigeant sait ce qu'il se passe chez lui, c'est bien là la moindre des choses.

L'autre question est de connaître les raisons de la cession des titres, Le but poursuivi était-il celui d'éviter une moins-value c'est-à-dire de vendre les titres à "prix fort" en anticipant une chute de ces derniers suite à l'annonce des retards de livraisons ? Ou alors, et je pense plus particulièrement au cas de la société Lagardère, la cession s'inscrit-elle dans une optique de refonte de la stratégie du groupe basé  avant toute chose sur les médias (Hachette, Europe 1...).

Mais la question centrale à mon sens, est de savoir si l'on pouvait vraiment  déterminer avec bon sens l'impact de l'annonce des retards (de six à sept mois) sur la valeur des titres en bourse. L'influence était-elle si importante ?
Apparemment oui, si l'on en juge la chute de 30% du titre le 14 Juin 2006. Investisseurs du dimanche ou crainte d'absence de nouveaux contrats, le problème reste entier.

Quoiqu'il en soit, la commission des sanctions (composée notamment de conseillers d'Etat et à la Cour de cassation) considère: "(qu')il ne résulte pas de l'instruction que, dans le contexte existant à la date des faits reprochés, l'information invoquée par les notifications de griefs ait porté sur un 'ensemble de circonstances' suffisamment précis pour qu'un investisseur raisonnable l'utilise comme l'un des fondements de ses décisions d'investissement et qu'elle ait ainsi été susceptible d'avoir une influence sensible sur le cours du titre EADS".

Le siège d'EADS se situant au Pays-Bas, les autorités compétentes néerlandaises vont probablement se saisir de l'affaire. En ce qui concerne la France, une enquête pénale se poursuit parallèlement à la procédure de l'AMF.

Publié dans Economica

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