"non" à l'Euro
"Il faut créer les Etats-Unis d'Europe" disait Winston Churchill lors de son discours à l'université de Zurich en 1946. A cette époque, les diverses nations européennes sont encore bouleversées des horreurs survenues les années précédentes : le fantôme de la guerre perdure. L'idée d'établir un climat de paix constant entre notamment la France et l'Allemagne s'affirme de plus en plus et va donner naissance par diverses étapes successives à l'Union européenne, telle que nous la connaissons aujourd'hui (parmis les étapes plus connues, il y a le traité de Paris, les traités de Rome, le traité de Masstricht, ceux d'Amsterdam et de Nice). Si l'objectif d'installer une paix perpétuelle au sein du continent européen est bel et bien réalisé, si l'attractivité de cette Union ne peut être contestée compte tenu du nombre d'adhérents et de candidats, on ne peut nier le fait que les divers chefs d'Etat et de gouvernement des états membres n'envisagent pas l'Europe de la même façon. D'ailleurs, si il vous arrive de lire tel ou tel traité, vous verrez qu'il s'y trouve tantôt des traits fédéraux, tantôt des traits confédéraux, ce qui fait de l'Union européenne une construction politique originale. On dirait même que c'est une construction politique à géométrie variable.
Devant le nombre grandissant d'états membres, un traité constitutionnel rédigé notamment par Valérie Giscard d'Estaing, qui pour la petite histoire demandait une rémunération de 1000 euros par jour (rien que ça !), avait été proposé aux citoyens européens. La suite vous la connaissez bien, les français et les néerlandais ont rejeté via un référendum ce traité en 2005. Deux ans plus tard, Nicolas arriva, et en européen convaincu, proposa avec ses homologues le traité de Lisbonne qui a été signé au mois de Décembre de l'année dernière. La mécanique juridique démarre, ouvrant la voie de la ratification à chacun des pays membres selon leurs règles constitutionnelles respectives. En France, Nicolas l'avait dit, cela se fera par voie parlementaire lors d'une session extraordinaire du parlement réuni en congrès à Versailles. Sans doute avait-il peur du retour du pompier polonais qui avait défrayé la chronique en 2005. Ainsi, un seul pays a dévidé de passer coûte que coûte par voie référendaire, l'Irlande. Et là, retournement de situation, les quelques modifications des traits fédéraux du nouveau traité (plus question de constitution, plus d'hymne européen...) n'ont pas suffit pour que le "non" l'emporte assez largement. Le seul peuple appelé à se prononcer directement dit "non" au traité simplifié (trait d'humour européen). Si le processus de ratification se poursuit, on laisse entendre que des dérogations sur quelques points du traité pourront être envisagées (clauses d'opting-out) avec l'Irlande (cela devient monnaie courante que des dérogations apparaîssent entre état-membre et un traité). Mais, on voit bien que indépendamment de l'existence de débats nationaux portant sur tel ou tel rumeur, lancée par je ne sais quel camp, un problème sous-jacent existe. Si il existe et c'est avéré, une divergence de vision de l'Union européenne entre les différents chefs d'état, peut-être existe-t-il une également une différence dans la perception des institutions européennes et plus largement la notion d'Europe des dirigeants d'un état et celle de ses concitoyens ? L'Europe vue de Bruxelles n'est sans doute pas la même de celle vue des citoyens pour qui l'Union européenne telle qu'elle est présentée par les médias ne se résume qu'à rédiger des directives sanctionnatrices et j'exagère intentionnellement. Car il est surprenant de voir le décalage qu'il peut y avoir entre les dirigeants politiques qui voient la poursuite de l'approfondissement de l'Union comme une opportunité, voire une obligation (ce qui n'est pas tout à fait faux à vrai dire) et des citoyens européens assez réticents et cela se voit surtout dans les pays fondateurs de l'Union. Alors on peut passer des heures et des heures à se mettre à chercher toutes les raisons qui ont pour effet ce constat. Et pourtant, ça semble apparemment si facile de comprendre que les choses se passeraient mieux si les hommes et les femmes (parité oblige) faisaient un peu plus de pédagogie (car au combien les textes sont ambigüs), quitte à abandonner leur côté VRP. Le fait que la plupart des pays ont préféré opter pour une ratification parlementaire montre bien la crainte que ressententent les différents dirigeants quant à l'avenir de cette Union et quelque soit l'argument présenté, les gens le savent bien. Peut-être que le temps où tout se décidait dans la bureaucratie communautaire et selon leur seul et propre intérêt, voire leur vision est révolu ? L'Europe ne doit pas se résumer à Bruxelles ! Autant dire que d'année en année, l'Union européenne ne cesse de s'essouffler. Cela peut notamment s'expliquer du fait de son caractère hybride qui fait d'elle plus qu'une confédération mais moins qu'une fédération (puisqu'elle respecte la souveraineté nationale des différents états-membres qui la compose). A cela, les futures adhésions ne vont sans doute pas renverser la donne, et aujourd'hui quoiqu'il se passe, et on peut s'en réjouir ou non, seul le traité de Lisbonne, par ses modifications institutionnelles (mode de vote du conseil de l'Union européenne...) peut améliorer une gestion à vingt-sept.
Enfin le "non" irlandais est une entrée en matière qui ne sera pas de tout repos pour Nicolas qui dans quelques semaines présidera l'Union européenne et cela jusque la fin du mois de Décembre.
Au fait, je tiens à rassurer les quelques lecteurs de ce blog, ça balance est l'abris de toute tentative de pression élyséenne...comme quoi, ne pas être connu, ça a du bon !!!!